Archive pour Actualités

Homélie du fr. Jean Jacques Pérennès, op, pour le dimanche de Pâques

« Le connaître, Lui et la puissance de sa Résurrection »

 

Homélie du fr. Jean Jacques Pérennès, op,

pour le dimanche de Pâques, 17 avril 2017

Couvent Saint-Etienne de Jérusalem

Frères et sœurs,

 

L’Évangile que nous venons d’entendre nous décrit en peu de mots comment Pierre et Jean sont passés de la stupeur devant la mort de Jésus à la foi en sa résurrection : « Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut »

 

D’autres textes de l’Évangile nous racontent la même expérience vécue par d’autres disciples :

  • Marie Madeleine, la 1ère arrivée, est la 1ère à faire cette expérience et la 1ère à l’annoncer aux autres
  • Le soir, les disciples d’Emmaüs.

 

« Il vit et il crut » : moment décisif et pourtant combien paradoxal :

  • « Il vit et il crut » ? Mais il n’y a rien à voir !
  • Marie Madeleine reconnaît le Seigneur ? mais elle commence par le prendre pour le jardinier !
  • Les disciples d’Emmaüs le reconnaissent à la fraction du pain ? Mais ils ont marché des heures avec lui sans le reconnaître !

Donc, il n’y a rien d’évident.

Ces textes nous aident-ils vraiment à comprendre la Résurrection ? En posant ainsi la question, nous faisons fausse route : il ne s’agit pas de « comprendre », car c’est à proprement parler incompréhensible, sauf à faire de la Résurrection de Jésus la réanimation d’un cadavre, ce qui n’a aucun intérêt.

 

Saint Paul, dans l’épitre aux Philippiens, nous dit qu’il s’agit de « Le connaître, lui et la puissance de sa Résurrection, et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans la mort afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts ».

La Résurrection n’est pas à « comprendre », elle est à expérimenter. Et nous ne pouvons l’expérimenter qu’en mettant nos pas dans ceux du Christ, en devenant des disciples. Que signifie devenir ses disciples ?

 

A Jérusalem nous avons eu la grâce de vivre avec intensité comme un résumé de l’expérience de Jésus et du chemin qu’Il nous montre :

Le jeudi saint :

 

Jésus nous donne l’exemple du service, en lavant les pieds de ses disciples. Le geste choque les disciples, mais il le leur laisse comme un testament, son testament : « Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Sr et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ». Etre disciple, c’est apprendre le service et cela prend de multiples visages :

  • Le travail d’une mère de famille, fait avec amour,
  • L’acceptation des responsabilités et de leur difficulté vécue de bon cœur, sans rechigner
  • Le service c’est l’attention aux pauvres, aux malades, aux réfugiés : ils sont les préférés de Dieu.

 

Le vendredi saint :

 

Mystère de la Croix. Scandale de la Croix. Comment, Lui, le Fils, le Bien-aimé du Père, peut-il être conduit à un tel abaissement ? La souffrance physique, l’humiliation, la souffrance morale: le sentiment d’être abandonné de tous, les disciples, et Dieu lui-même. Etre disciple, c’est oser regarder la Croix, ne pas l’évacuer, ne pas détourner son regard

C’est être capable de compassion, pleurer avec ceux qui pleurent, ne pas répondre à la violence par la violence.

 

Et puis il y a le samedi saint :

 

La samedi saint c’est le mystère du silence de Dieu.

Certes, nous croyons qu’Il est descendu aux enfers pour tirer tout homme de la mort, nous croyons qu’il nous a tous sauvés,

Mais souvent le silence de Dieu est une épreuve :

. « Où est Dieu », s’écriait Elie Wiesel à Auschwitz 

. « Où est Dieu », me suis-je dit il y a 20 ans en visitant des enfants amputés dans un hôpital du Rwanda, après le génocide, enfants amputés à la machette,  volontairement

. « Où est Dieu », se disent chaque jour les hommes et les femmes d’Alep, de Mossoul et de tous les lieux crucifiés de notre monde.

 

Oser vivre le samedi saint du monde, le long samedi saint. Ne pas se dérober devant l’angoissante question du sens

Ne pas désespérer, vivre cette attente, dans la prière et la confiance.

 

– – – – – –

 

Voilà en résumé ce que signifie être disciple. C’est seulement en acceptant de vivre ce chemin, de mettre nos pas à la suite de Jésus, que nous pourrons Le connaître, Lui et la puissance de sa Résurrection.

 

Il y a un mois, j’ai eu la chance de rencontrer ici à Jérusalem un homme que j’avais lu, beaucoup admiré et souvent cité : Michael Lapsley

  • Prêtre anglican, blanc d’Afrique du Sud
  • Militant anti apartheid, membre de l’ANC, le parti de Nelson Mandela
  • Obligé de s’exiler au Lesotho
  • Reçoit un jour un colis piégé, qui lui arrache les deux mains, un œil et lui enlève une partie de l’ouïe.

Bref, le drame absolu. Apparemment, une vie détruite.

 

Après de longs mois de soins et de chirurgie très douloureuse, cet homme est devenu capable de faire de son drame une source de vie pour les autres. S’appuyant sur son expérience, il crée et anime un Institut pour la guérison de la mémoire (Institut for healing of memories). Jean Paul II insistait sur cette urgence de la guérison des mémoires blessées, tant d’hommes font des guerres à cause de drames passés : les croisades, la colonisation. Ici, la Shoah, la Nakba (perte de la Palestine par les Arabes).

Alors que sa vie paraissait foutue, voilà que Michael Lapsley se met à parcourir tous les lieux blessés de notre monde : Rwanda, Sri Lanka, Chiapas, Timor, etc.

 

Partout, ce dont il témoigne c’est de sa propre résurrection : « la médecine a pansé mes plaies dit-il, mais ce sont la prière et l’amour qui ont guéri mon cœur ». Il ne retrouvera jamais ses mains et n’a plus que deux crochets pour faire des gestes élémentaires, mais le sens de sa vie a été décuplé, par sa capacité à tirer de son drame du positif, à faire de cette mort une vie renouvelée, une vie à profusion.

———-

Sans vivre de tels drames, nous risquons nous aussi de rester enfermés dans une vie étriquée, avec nos petites habitudes, nos égoïsmes, nos rancœurs, nos espoirs déçus ; nous risquons de continuer à vivoter, petitement, alors que le Christ nous appelle à vivre et à vivre pleinement.

 

La Résurrection n’est pas le happy end, le dénouement heureux d’une petite vie tranquille, sans relief, vécue sans le risque d’aimer et donc de souffrir. Pierre Claverie, notre frère évêque d’Oran, assassiné en août 1996, disait un an avant dans une homélie : « Lorsque vient le temps de la détresse, vient aussi le temps de la Passion vécue avec Jésus au cœur des ruptures et des violences du monde, sans autre force que celle de livrer sa vie jusqu’au bout dans la confiance au Père de tout amour pour qu’Il fasse Son œuvre de résurrection dans la chair crucifiée ».

 

Si nous acceptons d’être disciples, c’est-à-dire : de servir, sans attendre de retour, d’aimer et de compatir, donc d’oser souffrir sans désespérer, d’attendre dans la foi et la prière, si nous mettons vraiment nos pas dans les pas du Christ, alors oui, une vie nouvelle nous attend, une vie de ressuscités.

 

Alors, frères et sœurs, voici le message de Pâques que vous devez emporter avec vous de Jérusalem : Osons vivre, osons vivre pleinement, osons vivre « à tombeau ouvert ».

Amen.

 

 

Le fr. Jean Jacques Pérennès a reçu le prix Cassià Just du gouvernement de Catalogne

Le 20 mars 2017, le fr. Jean Jacques Pérennès, op, directeur de l’École biblique de Jérusalem, a reçu le prix Cassià Just qui lui a été attribué par la Généralité de Catalogne pour son engagement dans le dialogue des cultures et des religions.

Attribué chaque année depuis 2010, le prix Cassià Just porte le nom d’un ancien abbé de l’abbaye de Montserrat, qui a marqué la Catalogne par son courage pendant les années noires du franquisme et son engagement pour les droits humains et la défense des libertés. L’intention des autorités catalanes à travers ce prix est de « souligner l’engagement de personnes ou d’institutions qui ont fait un apport significatif à la construction d’un espace commun de connivence entre cultures et religions ». La candidature du fr. Jean Jacques Pérennès pour ce prix avait été présentée par le prieur du couvent dominicain de Barcelone, le fr. Xabier Gomez, op, très actif dans la vie culturelle locale.

La remise du prix a eu lieu au Palau de la Generalitat de Barcelone en présence d’une nombreuse assistance composée des différentes composantes religieuses et culturelles locales. Dans son introduction, la ministre de Gouvernance de Catalogne Meritxell Borràs a souligné l’urgence de valoriser les initiatives de rencontre et de dialogue des cultures dans une Europe qui tend à se replier face aux flux migratoires et à la montée des identités particulières. Après avoir reçu le prix, le fr. Jean Jacques Pérennès a évoqué ses 30 ans de vie en monde musulman et indiqué sa joie d’avoir pu vivre sa vocation « comme un hôte chez l’autre, ce qui vous met à l’abri de l’arrogance ». Il a aussi dit sa chance d’avoir pu vivre de grandes amitiés qui ont permis d’aller au-delà des drames traversés ensemble en Algérie, en Irak, en Egypte. Dans son allocution il a souligné l’ancienneté de l’engagement de l’Ordre dominicain dans la rencontre des cultures, en évoquant les écoles de langues créées en Espagne et en Tunisie dès le Moyen-âge pour permettre aux frères qui partaient en mission de mieux connaître la culture de l’autre en maîtrisant les langues, en particulier l’arabe et l’hébreu. Ramon Marti (1230-1284), religieux dominicain catalan, s’y est particulièrement illustré, suivi par de nombreux religieux comme l’italien Riccoldo da Monte di Croce (1243-1320) et la Société des Frères pérégrinants, histoire sur laquelle il vient lui-même de publier un ouvrage (L’Orient des prêcheurs, Mémoire dominicaine, n° 33). Ces pionniers ont implanté l’Ordre dominicain dans tout l’Orient, de la Palestine au Pakistan, en passant par l’Arménie, l’Iran, l’Irak et l’Egypte. Partout s’est posée la question de la rencontre des cultures, vécue avec plus ou moins d’harmonie selon les époques.

La remise du prix a été suivie le lendemain par une table-ronde réunissant une trentaine de personnalités locales de Catalogne (archevêque, présidents d’associations musulmanes, juives, représentants de la société civile, etc.), occasion d’un échange très franc et cordial sur les défis de la convivence dans l’Europe d’aujourd’hui. Jean Jacques Pérennès a été reçu par l’abbé de Montserrat, abbaye dont on sait les travaux éminents dans le domaine biblique.

Le fr. Jean Jacques Pérennès a souhaité associer à ce prix les dominicains de l’Institut dominicain d’études orientales du Caire, estimant que c’est là le lieu où son action a pu dépasser sa personne et prendre une dimension institutionnelle dont on voit aujourd’hui quelques fruits, ne serait-ce que dans la prochaine visite du pape François à l’Université d’al-Azhar, rencontre pour laquelle l’IDEO travaille depuis des années.

 

Photothèque : montage à partir de deux photos anciennes

Le fr. Jean-Michel de Tarragon op, directeur de notre photothèque, avait numérisé en 2016 deux photos-papiers du fonds du Patriarcat latin. Chose rare, il était précisé que les deux photos avaient été prises le même jour et au même endroit, à Battir, un village arabe situé en Cisjordanie et construit sur le site de l’ancienne ville de Betar, à environ 5 km à l’ouest de Bethléem, en Judée. La photo montre deux Palestiniennes assises au sol et en train de fabriquer la pâte d’un fromage laban (blanc), en 1929.
 
 

Les voyant traitées sous PhotoShop par Serge Nègre, photographe professionnel et fondateur du musée de photographie de Labruguiere devenu collaborateur régulier de la Photothèque de l’École, le fr. de Tarragon a eu l’idée de lui demander d’en faire un « panneau » en les collant toutes deux dans un seul et même fichier, en fausse couleur sépia. En voilà le résultat.